Cette posture est un piège.Elle programme à étudier tout sauf le Coran, ou à ne rien étudier du tout. Elle reporte indéfiniment le contact direct avec le texte, au profit d'une préparation hypothétique qui ne sera jamais jugée suffisante.Elle instaure une dépendance structurelle à l'égard d'intermédiaires humains avant même que le livre ait été ouvert.
Al-Furqān · 25 : 32وَقَالَ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ لَوْلَا نُزِّلَ عَلَيْهِ ٱلْقُرْءَانُ جُمْلَةً وَٰحِدَةً ۚ كَذَٰلِكَ لِنُثَبِّتَ بِهِۦ فُؤَادَكَ ۖ وَرَتَّلْنَٰهُ تَرْتِيلًا« Et ceux qui refusent de reconnaître ont dit : "Pourquoi le Coran n'a-t-il pas été descendu sur lui en une seule fois ?" C'est ainsi — afin que Nous en affermissions ton cœur — et Nous l'avons articulé avec une articulation précise. »Note : La descente progressive est présentée par le texte lui-même comme une modalité intentionnelle d'affermissement (تَثْبِيت) du cœur. L'étude et la compréhension obéissent à une logique analogue.
Al-Isrāʾ · 17 : 106وَقُرْءَانًا فَرَقْنَٰهُ لِتَقْرَأَهُۥ عَلَى ٱلنَّاسِ عَلَىٰ مُكْثٍ وَنَزَّلْنَٰهُ تَنزِيلًا« Et un Coran que Nous avons séparé en parties, afin que tu la récites aux gens sans précipitation Et Nous l’avons fait descendre de manière graduée. »Note : ʿalā mukth (عَلَىٰ مُكْثٍ) : avec posément, avec délai, avec constance dans la durée. La temporalité de la descente est elle-même un enseignement sur la temporalité de la réception.
Al-Isrāʾ · 17 : 36وَلَا تَقْفُ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِۦ عِلْمٌ ۚ إِنَّ ٱلسَّمْعَ وَٱلْبَصَرَ وَٱلْفُؤَادَ كُلُّ أُو۟لَٰٓئِكَ كَانَ عَنْهُ مَسْـُٔولًا« Et ne suis pas ce dont tu n'as pas de connaissancecar l'ouïe, la vue et le cœur, tous ceux-là seront interrogés à son sujet. »Note : L'injonction coranique à ne pas suivre ce que l'on ne connaît pas directement est elle-même l'un des fondements de cette démarche de lecture autonome.
Al-Anʿām · 6 : 112وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نَبِىٍّ عَدُوًّا شَيَٰطِينَ ٱلْإِنسِ وَٱلْجِنِّ يُوحِى بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ زُخْرُفَ ٱلْقَوْلِ غُرُورًا« Et c'est ainsi que Nous avons assigné à chaque nabī des ennemis — des démons parmi les humains et parmi les jinn, qui s'inspirent mutuellement des paroles ornées pour tromper. »
Al-Furqān · 25 : 30وَقَالَ ٱلرَّسُولُ يَٰرَبِّ إِنَّ قَوْمِى ٱتَّخَذُوا۟ هَٰذَا ٱلْقُرْءَانَ مَهْجُورًا« Et le Messager dit :"Ô mon Seigneur, mon peuple a pris ce Coran comme quelque chose d'abandonné." »Note : Ce verset est l'une des déclarations les plus directes du Coran sur sa propre mise à l'écart par ceux-là mêmes qui s'en réclament.
Al-Anʿām · 6 : 159إِنَّ ٱلَّذِينَ فَرَّقُوا۟ دِينَهُمْ وَكَانُوا۟ شِيَعًا لَّسْتَ مِنْهُمْ فِى شَىْءٍ« Ceux qui ont divisé leur dīn et sont devenus des factions — tu n'es en rien de ceux-là. »
Al-Qamar · 54 : 17وَلَقَدْ يَسَّرْنَا ٱلْقُرْءَانَ لِلذِّكْرِ فَهَلْ مِن مُّدَّكِرٍ« Et Nous avons certes facilité le Coran pour le rappel — y a-t-il quelqu'un qui se rappelle ? »Cette déclaration est répétée quatre fois dans la sourate Al-Qamar (v. 17, 22, 32, 40). La facilitation est une affirmation du texte sur lui-même — elle ne présuppose pas l'absence d'effort, mais l'accessibilité de principe.Cela ne contredit pas la réalité de la distance initiale du lecteur non arabophone :Cette distance se réduit précisément par la pratique cyclique de la lecture.
An-Niṣāʾ · 4 : 82أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ ٱلْقُرْءَانَ ۚ وَلَوْ كَانَ مِنْ عِندِ غَيْرِ ٱللَّهِ لَوَجَدُوا۟ فِيهِ ٱخْتِلَٰفًا كَثِيرًا« Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? Si ce livre venait d'un autre qu'Allaah, ils y trouveraient de nombreuses contradictions. »La tadabbur (تَدَبُّر) — la méditation profonde, l'examen de fond en comble — est ici présentée comme la modalité première d'accès au texte. Elle est intra-coranique par nature.

Ce qui est certain :Le Coran ne demande pas d'être savant pour être abordé.Il demande d'être sincère.La démarche commence dans l'honnêteté de l'intention, se poursuit dans la constance de la pratique, et se place sous la guidée de Celui qui est le seul à savoir ce qu'Il a voulu dire.